Archives du mot-clé avant-garde

Avant garde et économie mixte


(publié dans la brochure Un art d’économie mixte, Ab irato, 1997)

Les avant-gardes d’art d’économie mixte

Succédanées de la conception bolchevique et autoritaire de l’organisation, les avant-gardes artistiques radicales ont eu leurs heures de gloire entre les deux guerres, mais se sont prolongées jusque dans les années 50-60. Elles ont eu leur « période héroïque » du temps des surréalistes qui ont dans les années 30 ignoré les critiques marxistes et anarchistes du bolchevisme, préférant Trotsky à Pannekoek. Elles ont eu leur « période malheureuse » après la seconde guerre mondiale du temps des situationnistes, contraints dans les années 60 à s’affirmer comme une avant-garde qui renoncerait à ses prérogatives d’avant-garde .

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Simulacre d’avant-garde


(publié dans la brochure Un art d’économie mixte, Ab irato, 1997)


Un itinéraire exemplaire : celui de Mister Home

Né en 1962 en Angleterre, Mister Home est un écrivain qui a écrit plusieurs romans. Après avoir participé au néoisme, mouvement informel et mou originaire des États-Unis qui faisait de la négation de l’art sans contestation sociale, sorte de « situationnisme » à l’américaine combiné de sous-fluxus, mais auquel il a essayé d’apporter un peu de critique sociale, Mister Home a lancé plusieurs « festivals du plagiat ». En 1988, il publie The assault on culture, histoire documentée mais extrêmement brève des avant-gardes artistiques radicales depuis la seconde guerre mondiale (Cobra, le Lettrisme, l’Internationale Lettriste, l’Internationale situationniste, le premier Fluxus, Gustav Metzger, le mouvement provo à Amsterdam, Motherfuckers, etc.).(1) La principale faiblesse de cet essai venait d’une part de l’occultation volontaire et exagérée de l’influence du surréalisme sur une partie de ces groupes, et d’autre part d’une très fâcheuse propension de l’auteur à se servir de l’histoire de ces avant-gardes pour glorifier son propre itinéraire et l’historiser.

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De la subversion de la société par l’art, à la subvention de l’art par la société


(publié dans Le Monde Libertaire, Hors série n°4, juillet-août 1995)

On ne peut comprendre l’art d’aujourd’hui sans revenir un moment sur l’art de la première moitié du siècle. Les avant-gardes des années 1920 et 1930, et les philosophies de l’art et de l’histoire qu’elles exprimaient, faisaient d’une part fusionner la finalité artistique et la finalité révolutionnaire, l’idée était qu’il ne pouvait y avoir de réalisation de l’art sans suppression du capitalisme ; et d’autre part, intégraient dans la formation du langage artistique l’importance de l’expression inconsciente. Poussé par la révolution russe et son attraction, l’art de la première moitié du siècle (Dada, surréalisme, expressionnisme allemand…) était en rupture avec la gestion capitaliste de la société, il était donc également en rupture avec l’ensemble des valeurs de la bourgeoisie. Il valorisait l’importance de la psychanalyse comme instrument de connaissance, et ne considérait pas l’artiste comme un héros ou un génie. L’art devait être fait par tous, car n’étant qu’affaire d’expression il devait être l’affaire de tous. Quand Marcel Duchamp introduisait en 1917 une pissotière dans une exposition d’œuvres d’art, il n’avait pas à l’esprit que celle-ci était une œuvre d’art, il remettait en question, par cette provocation, la culture élitiste de son époque. Pour mémoire, cinq ans auparavant, Apollinaire, introduisait des commentaires de la vie quotidienne dans la poésie (« Les directeurs les ouvriers et les belles sténodactylographes, du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent », Zone). On attendait enfin de la révolution sociale qu’elle donne à tous les moyens matériels de se consacrer à la poésie.

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Maurice Fréchuret : La machine à peindre


(publié dans la Comète d’Ab irato, 1994)

La parution de La machine à peindre de Maurice Fréchuret est l’occasion de proposer ici un regard différent sur l’art contemporain. Cet ouvrage ne révolutionne pas le mode de lecture des œuvres d’art, mais il permet d’insister sur les limites d’une critique et d’un art produits d’une gestion consensuelle de la société qui s’achève : celle de la société d’économie mixte.

Avant-garde et économie mixte

Comme le fait très justement remarquer Rainer Rochlitz (Subvention et subversion), « après avoir été boudé comme une insulte organisée pendant la première moitié du XXe siècle, l’art contemporain est revendiqué après la seconde guerre mondiale par les patrimoines nationaux et accueilli en pompe dans des lieux d’exposition publics. Cette intégration de l’art subversif présente quelques analogies avec la pacification des conflits sociaux par l’état providence. Quelle que soit leur insuffisance, les subventions accordées à la création, à l’échelle municipale, régionale, nationale et internationale sont l’équivalent des “acquis sociaux” de l’après-guerre et fluctuent au même rythme qu’eux » (1). A la société consensuelle d’économie mixte qui succède à la guerre et à la crise, correspond un art du consensus, dont les effets se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. Cet art qui apparaît avec la société d’économie mixte, on l’appellera ici un art d’économie mixte. Il commence avec la fin de l’expressionnisme abstrait américain à la fin des années 50, et prend fin actuellement avec la crise de la société d’économie mixte.

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« Changer la vie », « transformer le monde », Les deux problèmes du surréalisme


(publié dans Le Monde libertaire, 11-17 avril 2002)

Joubert-mvt-surr

La conception surréaliste des rapports de l’art et de la politique a été exprimée par André Breton dans Position politique du surréalisme (1935). Elle a été élaborée lors des tentatives d’action commune des surréalistes avec le parti communiste, dans la perspective de trouver un moyen d’agir avec lui dans le domaine de la culture et de la vie quotidienne. S’illusionnant sur la nature du parti, les surréalistes ont affronté la question de l’art et de la politique à partir des limites autoritaires imposées par les communistes (l’intellectuel comme spécialiste au service du parti, etc.). Les « positions politiques du surréalisme » ont été, ainsi, avant tout des solutions élaborées par les surréalistes pour faire accepter leur autonomie créative par le parti communiste, en tenant compte du fait majeur que l’exploration surréaliste du monde ne devait pas empiéter sur les choix politiques du parti. Changer la vie (l’exploration poétique du monde) et transformer le monde (l’action sociale) sont devenus les deux « problèmes » du surréalisme alors qu’à l’origine il était question de faire la révolution surréaliste du monde. (1)

Les surréalistes ont abordé ces deux « problèmes » de manière distincte : aux surréalistes le domaine culturel et aux militants celui de l’action sociale, chacun agissant de façon autonome dans son domaine spécialisé de compétence. C’est seulement de cette façon que les exigences du surréalisme pouvaient se concilier avec celles du Parti communiste. Les surréalistes ont rompu avec le parti stalinien en 1935, mais leur conception des relations de l’art et de la politique, fondée sur le partage des domaines de compétence entre spécialistes, est restée opérante pour le groupe par la suite. Elle a été déterminante dans la rédaction du Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant de Breton et Trotsky (1938). Elle l’a été aussi après la Libération, quand dans les années 50 les surréalistes ont contacté la Fédération anarchiste (le groupe Fontenis) pour collaborer au Libertaire (2) ; quand dans les années 60, après la mort de Breton, ils ont fait le voyage à Cuba (1967) ; et quand dans les années 70, toujours pour les mêmes idées d’action commune, le groupe surréaliste réuni autour de Vincent Bounoure a renoué avec les trotskistes (3). Ainsi, tout en valorisant les idées libertaires dans le domaine de la création, les surréalistes ont été attirés dans le domaine politique par des formations qui exprimaient des conceptions autoritaires de la critique sociale : les bolchéviques (communistes et trotskistes) d’une part et les anarchistes partisans d’une conception autoritaire de l’organisation (le groupe Fontenis) d’autre part.

Rien ne montre mieux cette attirance magnétique des surréalistes que l’histoire de l’auto-dissolution du groupe en 1969. Surréaliste entre 1954 et 1969, Alain Joubert montre dans son livre, le Mouvement des surréaliste ou le fin mot de l’histoire (4), comment le groupe surréaliste, entraîné par Jean Schuster et quelques autres, a participé dans les années 60, à la grande parade en faveur du capitalisme d’État rajeuni (Algérie, Cuba, Vietnam, etc.). Il montre aussi la profondeur du désintérêt de la plupart des surréalistes pour les questions politiques. Il montre enfin comment une minorité au sein du groupe, politiquement proche de Benjamin Péret, réfractaire au capitalisme d’État (même rajeuni) a été constamment la cible d’un conflit interne visant à l’exclure, par des moyens bureaucratiques et autoritaires, dont l’unique victime aura été le libertaire Jehan Mayoux, exclu sans débat en 1967.

On a souvent dit que Mai 68 avait été imprégné de l’esprit surréaliste, ce que montre Alain Joubert c’est qu’il a fallu attendre Mai 68 pour balayer au sein du groupe surréaliste le formalisme bureaucratique et l’absence de discussion collective qui régnait depuis la mort de Breton. « Tous les “programmes de transition“ de la politique spécialisée, écrit Alain Joubert, devaient être rejetés et la subversion permanente de la vie quotidienne proclamée. Cette dernière phrase dérive à peine des textes situationnistes du milieu des années 60. Ne croyez vous pas qu’elle correspond absolument à ce que, sur le plan politique, le surréalisme aurait dû exprimer à ce moment-là, au lieu de se complaire en des contacts douteux avec de médiocres analyses ? […] Soyons clair : le rôle du Surréalisme était alors – est toujours – de porter l’espoir en avant, comme la poésie ; pas les valises vides des révolutions bidon. » (p.219) Mais la généreuse utopie surréaliste qu’Alain Joubert a défendue avec ses amis n’a jamais pu émerger au sein du groupe surréaliste dans sa dernière période, elle a au contraire été la cause de l’auto-dissolution tragi-comique du groupe surréaliste français en 1969, qui a terminé en farce ce qui a été le drame constant du surréalisme.

Notes :
(1) Sur cette question, voir le Surréalisme de jadis à naguère de Louis Janover, Paris-Méditerranée, 2002 (cf. le Monde libertaire du 21-27 mars 2002), ainsi que Parcours politique des surréalistes 1919-1969 de Carole Raynaud- Paligot, CNRS-Editions, 1995. Et, de façon générale, l’ensemble des livres de Janover sur le surréalisme.
(2) Sur les relations des surréalistes avec la FA, voir Surréalisme et Anarchisme (1992) et le Pied de grue (1994), deux excellents dossiers réalisés par André Bernard, édités par l’ACL. Ici aussi, il est question d’exploration poétique pour les surréalistes et d’action sociale pour les militants anarchistes.
(3) Vincent Bounoure, dans Critique communiste (1978) : « Je crois vous connaître assez, vous marxistes révolutionnaires, pour que nous puissions [surréalistes et trotskistes] nous assigner la tâche commune de rendre les énergies [révolutionnaire] à leur seule destination. » (Michael Löwy, l’Étoile du matin, Syllepse, 2000).
(4) Maurice Nadeau, 2001.

(publié  dans le Monde libertaire du 11-17 avril 2002)
(repris dans Alternative Libertaire du 10 octobre 200)
(ici une traduction allemande : Die zwei probleme des surrealismus, 2002)

J’ai repris cette question dans le livre Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisle (Libertalia, 2016)

Dérive d’avant-garde (sur l’urbanisme unitaire situationniste) (OT n°6, 1999)


(publié dans Oiseau-tempête n°6 (1999)

Le surréalisme a donné sa forme première à l’avant-garde artistique radicale, durant sa période de l’entre-deux-guerres : un groupe radical, agissant essentiellement dans le domaine de la culture et de la vie quotidienne, se présentant comme laboratoire d’expériences radicales dans le domaine du sensible, à partir duquel sont discutés les projets utopiques qui détermineront, en partie, la société future non capitaliste.

Dans cette conception, où l’avenir de la société est sensé se réfléchir dans les expérimentations de l’avant-garde artistique radicale, la révolution est envisagée comme une alliance des avant-gardes : à l’avant-garde artistique le domaine de la culture et de la vie quotidienne ; à l’avant-garde politique celui de la réorganisation économique, politique et sociale de la société future. Dans cette division avant-gardiste des tâches, l’égalité des droits est déjà en fait un marché de dupes, l’avant-garde artistique est déjà dépendante du parti de l’avant-garde politique : en 1938, dans le manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant qu’il rédige avec Léon Trotsky, André Breton revendique au nom des surréalistes un régime anarchiste pour la culture à l’intérieur d’un régime centralisé de production :

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Derive d’avanguardia


  • Publié dans Oiseau-tempête n°6 (1999)
  • Traduit en italien et publié dans Diavolo in corpo, n°3, novembre 2000
  • Publié sur le site italien Finimondo : http://finimondo.org/node/732 (mars 2014)

Il surrealismo ha dato una propria configurazione iniziale all’avanguardia artistico-radicale, durante il periodo fra le due guerre: un gruppo radicale, che agisce essenzialmente nel campo della cultura e della vita quotidiana, presentandosi come laboratorio di esperienze radicali nell’ambito del sensibile, a partire dal quale vengono discussi i progetti utopici che, in parte, determineranno la futura società non capitalista.

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