Glob créatif de Barthélémy Schwartz

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ABC d’art d’économie mixte (2/10)


(publié dans le Bathyscaphen°3 (hiver 2008, Québec)

tags : réalisme – Kossuth – art conceptuel – agencement d’objet – rapport social – intégration

Du réalisme en art

Les artistes d’économie mixte ne se reconnaissent pas dans l’appellation « réaliste », parce que celle-ci renvoie aux limites d’un genre déjà critiqué par l’art moderne avant-gardiste, et parce qu’elle a été associée, dans l’immédiat après-guerre, à la « vieillerie » artistique. Pourtant, à partir de la fin des années cinquante avec l’arrivée qualitative, et quantitativement soutenue, des artistes du pop art, du nouveau-réalisme, de l’arte povera, etc., c’est bien le réalisme comme objet et sujet de l’art qui a envahi la sphère artistique sans rencontrer de véritable résistance. Le réalisme de l’art moderne avait donné naissance son antagonisme : l’abstraction, avec l’art d’économie mixte, le réalisme ne s’oppose plus à l’abstraction : par le principe de l’agencement des objets et de leur mise en scène, réalisme et abstraction se sont réconciliés.

Une manière nouvelle d’aborder la question du réalisme en art s’imposait après la guerre que résume, par sa concision, One and three chair (1965) de l’artiste conceptuel Joseph Kossuth. Avec cet œuvre, il exposait simultanément la photographie de très grand format d’une chaise, l’agrandissement de la définition d’une chaise établie par un dictionnaire, l’ensemble étant positionné à côté d’une vraie chaise. Il s’agissait pour Kossuth de souligner combien la simple photographie d’une chaise ne suffisait pas à rendre compte de ce qu’était vraiment cet objet, pas plus que la définition du dictionnaire ou la seule présence de l’objet lui-même. C’est par la mise en réseau des différentes pièces à conviction (l’objet lui-même, sa définition académique, sa représentation objective), exposées conjointement, que l’artiste tentait d’approcher d’une représentation réaliste d’une chaise. On n’était plus ici dans la tradition de l’art moderne, mais dans une conception sociologique du réalisme en art. Les artistes devenaient sociologues et s’ancraient dans des disciplines à explorer. Avant l’art d’économie mixte, il y avait des peintres, on disait les « peintres « impressionnistes », désormais il y avait des artistes, on disait les artistes « conceptuels », du « pop art » ou du « land art ».

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Maurice Fréchuret : La machine à peindre


(publié dans la Comète d’Ab irato, 1994)

La parution de La machine à peindre de Maurice Fréchuret est l’occasion de proposer ici un regard différent sur l’art contemporain. Cet ouvrage ne révolutionne pas le mode de lecture des œuvres d’art, mais il permet d’insister sur les limites d’une critique et d’un art produits d’une gestion consensuelle de la société qui s’achève : celle de la société d’économie mixte.

Avant-garde et économie mixte

Comme le fait très justement remarquer Rainer Rochlitz (Subvention et subversion), « après avoir été boudé comme une insulte organisée pendant la première moitié du XXe siècle, l’art contemporain est revendiqué après la seconde guerre mondiale par les patrimoines nationaux et accueilli en pompe dans des lieux d’exposition publics. Cette intégration de l’art subversif présente quelques analogies avec la pacification des conflits sociaux par l’état providence. Quelle que soit leur insuffisance, les subventions accordées à la création, à l’échelle municipale, régionale, nationale et internationale sont l’équivalent des “acquis sociaux” de l’après-guerre et fluctuent au même rythme qu’eux » (1). A la société consensuelle d’économie mixte qui succède à la guerre et à la crise, correspond un art du consensus, dont les effets se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. Cet art qui apparaît avec la société d’économie mixte, on l’appellera ici un art d’économie mixte. Il commence avec la fin de l’expressionnisme abstrait américain à la fin des années 50, et prend fin actuellement avec la crise de la société d’économie mixte.

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