Archives du mot-clé André Breton

ABC d’art d’économie mixte (5/10)


(publié dans le Bathyscaphe n°7 (automne 2011, Québec)

tags : surréalisme – Nouveaux réalistes – Après guerre – André Breton – Yves Klein – Pierre Restany – Jean Tinguely

Surréalisme et art
d’économie mixte après la guerre

En ce temps-là
La terre avait la forme
d’un sabot de cheval
Et le r
este était à l’avenant
Benjamin Péret  [1]

Dans cette chronique bathyscaphandrienne, j’appelle « art d’économie mixte » ce qu’on appelle communément l’art contemporain. Pourquoi ? parce que cet art est justement contemporain de la société d’économie mixte qui s’est imposée après la guerre, produit hybride du marché privé et de l’ État. Il n’en est pas seulement « contemporain », il y trouve ses principaux traits distinctifs.

Avec l’art d’économie mixte, le réalisme en art a connu un retour remarqué sous la forme, inédite et paradoxale, d’un rejet de la peinture de chevalet. La réalité vécue imprégnait désormais les pratiques artistiques et débordait de toute part l’étroitesse de la toile et du pinceau. C’était la conception même d’un art qui passerait encore par la peinture que les jeunes artistes rejetaient, et avec lui l’héritage d’un art moderne qui avait été pour l’essentiel visuel et pictural. Jackson Pollock se faisait connaître par l’« action painting » – l’art dans l’action du geste, l’art entrain de se faire. Lire la suite

Publicités

ABC d’art d’économie mixte (4/10)


(publié dans le Bathyscaphe n°5 (printemps 2010, Québec)

tags : urbanisme unitaire – Internationale situationniste – art d’économie mixte – art contemporain – vie quotidienne – réalité construite

Construction de situations

L’idée de construction de situation était déjà dans l’air quand, à la fin des années cinquante, l’Internationale situationniste théorisait l’« urbanisme unitaire » et le concept de « situation construite ». À la même époque, influencés par Marcel Duchamp, Raoul Hausmann ou John Cage, des artistes cherchaient l’art « hors les murs » autour d’expériences comme la poésie sonore, le happening, l’assemblage, comme Fluxus, entre autres (1). Ces différentes expériences ont contribué à modifier le rapport des artistes à la vie quotidienne, en bouleversant les conventions de représentation, de mise en scène et de périmètre artistique. L’art d’économie mixte lui-même en a été affecté. Aujourd’hui, des artistes contemporains travaillent à la réalisation de véritable unités de réalité construite. Lire la suite

Avant garde et économie mixte


(publié dans la brochure Un art d’économie mixte, Ab irato, 1997)

Les avant-gardes d’art d’économie mixte

Succédanées de la conception bolchevique et autoritaire de l’organisation, les avant-gardes artistiques radicales ont eu leurs heures de gloire entre les deux guerres, mais se sont prolongées jusque dans les années 50-60. Elles ont eu leur « période héroïque » du temps des surréalistes qui ont dans les années 30 ignoré les critiques marxistes et anarchistes du bolchevisme, préférant Trotsky à Pannekoek. Elles ont eu leur « période malheureuse » après la seconde guerre mondiale du temps des situationnistes, contraints dans les années 60 à s’affirmer comme une avant-garde qui renoncerait à ses prérogatives d’avant-garde .

Lire la suite

« Changer la vie », « transformer le monde », Les deux problèmes du surréalisme


(publié dans Le Monde libertaire, 11-17 avril 2002)

Joubert-mvt-surrLa conception surréaliste des rapports de l’art et de la politique a été exprimée par André Breton dans Position politique du surréalisme (1935). Elle a été élaborée lors des tentatives d’action commune des surréalistes avec le parti communiste, dans la perspective de trouver un moyen d’agir avec lui dans le domaine de la culture et de la vie quotidienne. S’illusionnant sur la nature du parti, les surréalistes ont affronté la question de l’art et de la politique à partir des limites autoritaires imposées par les communistes (l’intellectuel comme spécialiste au service du parti, etc.). Les « positions politiques du surréalisme » ont été, ainsi, avant tout des solutions élaborées par les surréalistes pour faire accepter leur autonomie créative par le parti communiste, en tenant compte du fait majeur que l’exploration surréaliste du monde ne devait pas empiéter sur les choix politiques du parti. Changer la vie (l’exploration poétique du monde) et transformer le monde (l’action sociale) sont devenus les deux « problèmes » du surréalisme alors qu’à l’origine il était question de faire la révolution surréaliste du monde. (1)

Lire la suite