Archives du mot-clé Internationale situationniste

ABC d’art d’économie mixte (4/10)


(publié dans le Bathyscaphe n°5 (printemps 2010, Québec)

tags : urbanisme unitaire – Internationale situationniste – art d’économie mixte – art contemporain – vie quotidienne – réalité construite

Construction de situations

L’idée de construction de situation était déjà dans l’air quand, à la fin des années cinquante, l’Internationale situationniste théorisait l’« urbanisme unitaire » et le concept de « situation construite ». À la même époque, influencés par Marcel Duchamp, Raoul Hausmann ou John Cage, des artistes cherchaient l’art « hors les murs » autour d’expériences comme la poésie sonore, le happening, l’assemblage, comme Fluxus, entre autres (1). Ces différentes expériences ont contribué à modifier le rapport des artistes à la vie quotidienne, en bouleversant les conventions de représentation, de mise en scène et de périmètre artistique. L’art d’économie mixte lui-même en a été affecté. Aujourd’hui, des artistes contemporains travaillent à la réalisation de véritable unités de réalité construite. Lire la suite

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Avant garde et économie mixte


(publié dans la brochure Un art d’économie mixte, Ab irato, 1997)

Les avant-gardes d’art d’économie mixte

Succédanées de la conception bolchevique et autoritaire de l’organisation, les avant-gardes artistiques radicales ont eu leurs heures de gloire entre les deux guerres, mais se sont prolongées jusque dans les années 50-60. Elles ont eu leur « période héroïque » du temps des surréalistes qui ont dans les années 30 ignoré les critiques marxistes et anarchistes du bolchevisme, préférant Trotsky à Pannekoek. Elles ont eu leur « période malheureuse » après la seconde guerre mondiale du temps des situationnistes, contraints dans les années 60 à s’affirmer comme une avant-garde qui renoncerait à ses prérogatives d’avant-garde .

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Simulacre d’avant-garde


(publié dans la brochure Un art d’économie mixte, Ab irato, 1997)


Un itinéraire exemplaire : celui de Mister Home

Né en 1962 en Angleterre, Mister Home est un écrivain qui a écrit plusieurs romans. Après avoir participé au néoisme, mouvement informel et mou originaire des États-Unis qui faisait de la négation de l’art sans contestation sociale, sorte de « situationnisme » à l’américaine combiné de sous-fluxus, mais auquel il a essayé d’apporter un peu de critique sociale, Mister Home a lancé plusieurs « festivals du plagiat ». En 1988, il publie The assault on culture, histoire documentée mais extrêmement brève des avant-gardes artistiques radicales depuis la seconde guerre mondiale (Cobra, le Lettrisme, l’Internationale Lettriste, l’Internationale situationniste, le premier Fluxus, Gustav Metzger, le mouvement provo à Amsterdam, Motherfuckers, etc.).(1) La principale faiblesse de cet essai venait d’une part de l’occultation volontaire et exagérée de l’influence du surréalisme sur une partie de ces groupes, et d’autre part d’une très fâcheuse propension de l’auteur à se servir de l’histoire de ces avant-gardes pour glorifier son propre itinéraire et l’historiser.

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« Changer la vie », « transformer le monde », Les deux problèmes du surréalisme


(publié dans Le Monde libertaire, 11-17 avril 2002)

Joubert-mvt-surr

La conception surréaliste des rapports de l’art et de la politique a été exprimée par André Breton dans Position politique du surréalisme (1935). Elle a été élaborée lors des tentatives d’action commune des surréalistes avec le parti communiste, dans la perspective de trouver un moyen d’agir avec lui dans le domaine de la culture et de la vie quotidienne. S’illusionnant sur la nature du parti, les surréalistes ont affronté la question de l’art et de la politique à partir des limites autoritaires imposées par les communistes (l’intellectuel comme spécialiste au service du parti, etc.). Les « positions politiques du surréalisme » ont été, ainsi, avant tout des solutions élaborées par les surréalistes pour faire accepter leur autonomie créative par le parti communiste, en tenant compte du fait majeur que l’exploration surréaliste du monde ne devait pas empiéter sur les choix politiques du parti. Changer la vie (l’exploration poétique du monde) et transformer le monde (l’action sociale) sont devenus les deux « problèmes » du surréalisme alors qu’à l’origine il était question de faire la révolution surréaliste du monde. (1)

Les surréalistes ont abordé ces deux « problèmes » de manière distincte : aux surréalistes le domaine culturel et aux militants celui de l’action sociale, chacun agissant de façon autonome dans son domaine spécialisé de compétence. C’est seulement de cette façon que les exigences du surréalisme pouvaient se concilier avec celles du Parti communiste. Les surréalistes ont rompu avec le parti stalinien en 1935, mais leur conception des relations de l’art et de la politique, fondée sur le partage des domaines de compétence entre spécialistes, est restée opérante pour le groupe par la suite. Elle a été déterminante dans la rédaction du Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant de Breton et Trotsky (1938). Elle l’a été aussi après la Libération, quand dans les années 50 les surréalistes ont contacté la Fédération anarchiste (le groupe Fontenis) pour collaborer au Libertaire (2) ; quand dans les années 60, après la mort de Breton, ils ont fait le voyage à Cuba (1967) ; et quand dans les années 70, toujours pour les mêmes idées d’action commune, le groupe surréaliste réuni autour de Vincent Bounoure a renoué avec les trotskistes (3). Ainsi, tout en valorisant les idées libertaires dans le domaine de la création, les surréalistes ont été attirés dans le domaine politique par des formations qui exprimaient des conceptions autoritaires de la critique sociale : les bolchéviques (communistes et trotskistes) d’une part et les anarchistes partisans d’une conception autoritaire de l’organisation (le groupe Fontenis) d’autre part.

Rien ne montre mieux cette attirance magnétique des surréalistes que l’histoire de l’auto-dissolution du groupe en 1969. Surréaliste entre 1954 et 1969, Alain Joubert montre dans son livre, le Mouvement des surréaliste ou le fin mot de l’histoire (4), comment le groupe surréaliste, entraîné par Jean Schuster et quelques autres, a participé dans les années 60, à la grande parade en faveur du capitalisme d’État rajeuni (Algérie, Cuba, Vietnam, etc.). Il montre aussi la profondeur du désintérêt de la plupart des surréalistes pour les questions politiques. Il montre enfin comment une minorité au sein du groupe, politiquement proche de Benjamin Péret, réfractaire au capitalisme d’État (même rajeuni) a été constamment la cible d’un conflit interne visant à l’exclure, par des moyens bureaucratiques et autoritaires, dont l’unique victime aura été le libertaire Jehan Mayoux, exclu sans débat en 1967.

On a souvent dit que Mai 68 avait été imprégné de l’esprit surréaliste, ce que montre Alain Joubert c’est qu’il a fallu attendre Mai 68 pour balayer au sein du groupe surréaliste le formalisme bureaucratique et l’absence de discussion collective qui régnait depuis la mort de Breton. « Tous les “programmes de transition“ de la politique spécialisée, écrit Alain Joubert, devaient être rejetés et la subversion permanente de la vie quotidienne proclamée. Cette dernière phrase dérive à peine des textes situationnistes du milieu des années 60. Ne croyez vous pas qu’elle correspond absolument à ce que, sur le plan politique, le surréalisme aurait dû exprimer à ce moment-là, au lieu de se complaire en des contacts douteux avec de médiocres analyses ? […] Soyons clair : le rôle du Surréalisme était alors – est toujours – de porter l’espoir en avant, comme la poésie ; pas les valises vides des révolutions bidon. » (p.219) Mais la généreuse utopie surréaliste qu’Alain Joubert a défendue avec ses amis n’a jamais pu émerger au sein du groupe surréaliste dans sa dernière période, elle a au contraire été la cause de l’auto-dissolution tragi-comique du groupe surréaliste français en 1969, qui a terminé en farce ce qui a été le drame constant du surréalisme.

Notes :
(1) Sur cette question, voir le Surréalisme de jadis à naguère de Louis Janover, Paris-Méditerranée, 2002 (cf. le Monde libertaire du 21-27 mars 2002), ainsi que Parcours politique des surréalistes 1919-1969 de Carole Raynaud- Paligot, CNRS-Editions, 1995. Et, de façon générale, l’ensemble des livres de Janover sur le surréalisme.
(2) Sur les relations des surréalistes avec la FA, voir Surréalisme et Anarchisme (1992) et le Pied de grue (1994), deux excellents dossiers réalisés par André Bernard, édités par l’ACL. Ici aussi, il est question d’exploration poétique pour les surréalistes et d’action sociale pour les militants anarchistes.
(3) Vincent Bounoure, dans Critique communiste (1978) : « Je crois vous connaître assez, vous marxistes révolutionnaires, pour que nous puissions [surréalistes et trotskistes] nous assigner la tâche commune de rendre les énergies [révolutionnaire] à leur seule destination. » (Michael Löwy, l’Étoile du matin, Syllepse, 2000).
(4) Maurice Nadeau, 2001.

(publié  dans le Monde libertaire du 11-17 avril 2002)
(repris dans Alternative Libertaire du 10 octobre 200)
(ici une traduction allemande : Die zwei probleme des surrealismus, 2002)

J’ai repris cette question dans le livre Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisle (Libertalia, 2016)

Dérive d’avant-garde (sur l’urbanisme unitaire situationniste) (OT n°6, 1999)


(publié dans Oiseau-tempête n°6 (1999)

Le surréalisme a donné sa forme première à l’avant-garde artistique radicale, durant sa période de l’entre-deux-guerres : un groupe radical, agissant essentiellement dans le domaine de la culture et de la vie quotidienne, se présentant comme laboratoire d’expériences radicales dans le domaine du sensible, à partir duquel sont discutés les projets utopiques qui détermineront, en partie, la société future non capitaliste.

Dans cette conception, où l’avenir de la société est sensé se réfléchir dans les expérimentations de l’avant-garde artistique radicale, la révolution est envisagée comme une alliance des avant-gardes : à l’avant-garde artistique le domaine de la culture et de la vie quotidienne ; à l’avant-garde politique celui de la réorganisation économique, politique et sociale de la société future. Dans cette division avant-gardiste des tâches, l’égalité des droits est déjà en fait un marché de dupes, l’avant-garde artistique est déjà dépendante du parti de l’avant-garde politique : en 1938, dans le manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant qu’il rédige avec Léon Trotsky, André Breton revendique au nom des surréalistes un régime anarchiste pour la culture à l’intérieur d’un régime centralisé de production :

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Derive d’avanguardia


  • Publié dans Oiseau-tempête n°6 (1999)
  • Traduit en italien et publié dans Diavolo in corpo, n°3, novembre 2000
  • Publié sur le site italien Finimondo : http://finimondo.org/node/732 (mars 2014)

Il surrealismo ha dato una propria configurazione iniziale all’avanguardia artistico-radicale, durante il periodo fra le due guerre: un gruppo radicale, che agisce essenzialmente nel campo della cultura e della vita quotidiana, presentandosi come laboratorio di esperienze radicali nell’ambito del sensibile, a partire dal quale vengono discussi i progetti utopici che, in parte, determineranno la futura società non capitalista.

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Guy Debord aux Galeries Lafayette


(publié dans La Comète d’Ab irato, avril 1994)

Guy Debord s’attache à montrer dans Cette mauvaise réputation comment la critique travaille à déformer ses œuvres et à publier des informations fausses sur sa vie. Dans cet esprit, il s’est limité aux « plus étourdissantes séries d’exemples évoqués dans les propos des médiatiques de son pays durant les années 1988 à 1992« . Les exemples de déformation recensés par Debord peuvent être regroupés en deux catégories distinctes: dans la première, les articles écrits sur lui dans les différents médias (Globe, Le Monde, L’événement du Jeudi, Art Press, Actuel, Libération, Le Quotidien de Paris, La Croix, L’Humanité, Le Point, L’Idiot international, etc.): ces articles ont encommun d’être tous délibérément mensongers, comme si leurs auteurs s’ingéniaient à ne pas comprendre ce qu’ils lisent, ou à en rendre compte de façon malhonnête. Dans la seconde catégorie, moins importante en nombre de pages, figurent des textes, une brochure et un livre qui ont comme singularité de provenir non pas des réseaux médiatiques cités plus haut, mais des publications des milieux radicaux: Echecs situationniste, Les mauvais jours finiront, L’Encyclopédie des nuisances, Maintenant le communisme ou encore le livre L’Anti-terrorisme en France de Serge Quadruppani. Guy Debord est visiblement plus à l’aise pour réduire à néant les inepties (prévisibles) de Globe, d’Actuel ou de L’Idiot international que pour répondre aux critiques qui lui viennent du milieu radical. S’il puise sans effort dans ses réserves d’humour et de distance pour ridiculiser sans appel les « Grandes Têtes Molles » de notre époque, c’est un Guy Debord stressé, sec, sans voix et dépourvu decapacité de réplique que l’on rencontre plus loin. Plus grave, ces critiques reprises des milieux radicaux sont volontairement mises par Guy Debord sur le même plan que les déformations produites par les médias avec une évidente intention de nuire. Guy Debord accepte que l’aventure situationniste soit déformée en bloc par les médias en raison de ce qu’elle a été, cela fait d’une certaine manière partie du jeu, mais il n’accepte pas qu’elle soit critiquée ni ses acquis remis en cause. Guy Debord a été jusqu’ici trop patient et trop bon, il ne veut plus être blâmé.

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