Glob créatif de Barthélémy Schwartz

Archive for the ‘La République des lettres’ Category

Maurice Fréchuret : La machine à peindre


(publié dans la Comète d’Ab irato, 1994)

La parution de La machine à peindre de Maurice Fréchuret est l’occasion de proposer ici un regard différent sur l’art contemporain. Cet ouvrage ne révolutionne pas le mode de lecture des œuvres d’art, mais il permet d’insister sur les limites d’une critique et d’un art produits d’une gestion consensuelle de la société qui s’achève : celle de la société d’économie mixte.

Avant-garde et économie mixte

Comme le fait très justement remarquer Rainer Rochlitz (Subvention et subversion), « après avoir été boudé comme une insulte organisée pendant la première moitié du XXe siècle, l’art contemporain est revendiqué après la seconde guerre mondiale par les patrimoines nationaux et accueilli en pompe dans des lieux d’exposition publics. Cette intégration de l’art subversif présente quelques analogies avec la pacification des conflits sociaux par l’état providence. Quelle que soit leur insuffisance, les subventions accordées à la création, à l’échelle municipale, régionale, nationale et internationale sont l’équivalent des “acquis sociaux” de l’après-guerre et fluctuent au même rythme qu’eux » (1). A la société consensuelle d’économie mixte qui succède à la guerre et à la crise, correspond un art du consensus, dont les effets se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. Cet art qui apparaît avec la société d’économie mixte, on l’appellera ici un art d’économie mixte. Il commence avec la fin de l’expressionnisme abstrait américain à la fin des années 50, et prend fin actuellement avec la crise de la société d’économie mixte.

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Guy Debord aux Galeries Lafayette


(publié dans La Comète d’Ab irato, avril 1994)

Guy Debord s’attache à montrer dans Cette mauvaise réputation comment la critique travaille à déformer ses œuvres et à publier des informations fausses sur sa vie. Dans cet esprit, il s’est limité aux « plus étourdissantes séries d’exemples évoqués dans les propos des médiatiques de son pays durant les années 1988 à 1992« . Les exemples de déformation recensés par Debord peuvent être regroupés en deux catégories distinctes: dans la première, les articles écrits sur lui dans les différents médias (Globe, Le Monde, L’événement du Jeudi, Art Press, Actuel, Libération, Le Quotidien de Paris, La Croix, L’Humanité, Le Point, L’Idiot international, etc.): ces articles ont encommun d’être tous délibérément mensongers, comme si leurs auteurs s’ingéniaient à ne pas comprendre ce qu’ils lisent, ou à en rendre compte de façon malhonnête. Dans la seconde catégorie, moins importante en nombre de pages, figurent des textes, une brochure et un livre qui ont comme singularité de provenir non pas des réseaux médiatiques cités plus haut, mais des publications des milieux radicaux: Echecs situationniste, Les mauvais jours finiront, L’Encyclopédie des nuisances, Maintenant le communisme ou encore le livre L’Anti-terrorisme en France de Serge Quadruppani. Guy Debord est visiblement plus à l’aise pour réduire à néant les inepties (prévisibles) de Globe, d’Actuel ou de L’Idiot international que pour répondre aux critiques qui lui viennent du milieu radical. S’il puise sans effort dans ses réserves d’humour et de distance pour ridiculiser sans appel les « Grandes Têtes Molles » de notre époque, c’est un Guy Debord stressé, sec, sans voix et dépourvu decapacité de réplique que l’on rencontre plus loin. Plus grave, ces critiques reprises des milieux radicaux sont volontairement mises par Guy Debord sur le même plan que les déformations produites par les médias avec une évidente intention de nuire. Guy Debord accepte que l’aventure situationniste soit déformée en bloc par les médias en raison de ce qu’elle a été, cela fait d’une certaine manière partie du jeu, mais il n’accepte pas qu’elle soit critiquée ni ses acquis remis en cause. Guy Debord a été jusqu’ici trop patient et trop bon, il ne veut plus être blâmé.

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