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ABC d’art d’économie mixe (1/10)


(publié dans le Bathyscaphe n°2 (2008, Québec)

« Je ne crois pas à cette idée de l’artiste contemporain comme parasite, expliquait il y a quelques années le critique d’art Nicolas Bourriaud, le parasite n’utilise pas l’organisme dans lequel il est introduit, il ne fait que s’en nourrir. Ce n’est pas le cas des artistes actuels : eux sont dans l’ordre du maniement, de la manipulation des signes, plus que dans une problématique du parasitage. Qui dit parasitage dit besoin et envie de nuire. or, là, il n’y a pas de nuisance : c’est juste une façon particulière de se servir des formes pour produire quelque chose d’autre (1). »

En quelques mots, on aura reconnu l’un des fondamentaux (le mot est à la mode)  de l’art d’économie mixte, un art intégré dans la société qui le produit, évitant les positions de rupture, maniant davantage l’agencement des signes que la critique du sens. Ce n’est pas cet artiste russe, né en 1965, qui contredira les propos de Nicolas Bourriaud : « Pour [Vadim] Fishkin – apprenait-on lors d’une exposition collective au musée du Jeu de Paume à Paris, intitulée L’Autre moitié de l’Europe –, il va de soi que l’utopie de l’avant-garde appartient au passé ; c’est pourquoi les projets qu’il propose sont dénués de toute perspective de rénovation du monde (2) . » Il ne sera pas davantage contredit par cet autre artiste, américain celui-là, qui pratique l’art des rues : « La Fondation Cartier invite Barry McGee (né en 1967) à tagger les murs de la cage d’escalier, en référence à l’art de la rue, qui, dans les années 1980, décline sur fond de musique punk, hard-core, et de folk culture, le signe d’une volonté de laisser une trace personnelle dans un monde de plus en plus aliénant. Pour lui, le graffiti n’est pas un acte de vandalisme, antisocial et destructeur, mais plutôt une forme de communication cryptée, un “dialogue de rue” dans lequel l’environnement devient le sujet d’un courant infini de messages codés et d’interférence (3) . » Dès son apparition, à la fin des années 1950, l’art d’économie mixte s’est caractérisé par un pressant souci d’intégration sociale. Parler de contestation à son propos serait exagéré, personne ne s’y risque d’ailleurs.

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