Archives de la catégorie ‘Eprouvette (2006-2007)’
Ces poètes seront
Ce texte a été publié en 1987 dans Dorénavant n°6 ; puis repris dans le dossier consacré à la revue dans l’Eprouvette n°2 (Association, 2006).
Nous ne parlons pas pour les contemporains mais pour les générations à venir, plus riches en enseignement que nous,
plus sévères, plus conséquentes. Durant toutes ces années, nous aurons eu le mérite d’exister, cela n’aura pas été une mince victoire. Notre principal mérite aura moins été de nous faire entendre à tout prix que de nous faire comprendre, nous ne pouvions qu’être sévères envers les entreprises de falsification quelles que soient leurs formes particulières. Notre style aura été définitif par nécessité. Terroristes, nous aurons été, malgré tout, de bien courtois « terroristes » dans le territoire des mickey-cancans, comparés à d’autres autrement plus redoutables dans des territoires autrement plus engageants. Qu’on se rassure, les générations futures n’auront plus besoin des ambages qui nous auront été nécessaires et seront bien plus admirables que nous l’aurons été durant ces courtes années.
Notre démarche aura été essentiellement historique. Ô mon amie, crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus. Nous n’aimons pas assez la joie de voir les choses neuves. Nous aurons eu tout à prouver, notre innocence et notre stratégie, nous ne pouvions qu’aller très vite ou ne pas exister. Nous étions pressés par le temps. La bande dessinée nous intéressait comme langage, et le langage a toujours été la seule chose qu’il y ait eue vraiment de passionnante au monde.
Les mots ont souvent l’âge de ceux qui les choisissent.
Edmond Jabès, je te salue
Dans ma rue, je crois tenir les mots en laisse, ce n’est jamais un chien que je promène. T’es-tu demandée ce que tu ferais, au matin, si ouvrant ta fenêtre, tu n’apercevais autour de toi que la mer? Ta pensée t’abuse. Seul un noyé sait parler du fleuve.
À cette époque, la bande dessinée s’exprimait si mal qu’il était véritablement nécessaire de réapprendre à parler. Ce fut notre premier travail. Nous ne voulions pas parler le langage des autres afin de ne pas exprimer leurs idées. On comprend dès lors que nous ayons eu très peu d’ouvrages à lire. Notre sentiment était d’écrire Alcools à une table de parnassiens.
73 notes sur la bande dessinée
Ces notes ont été (re)publiées dans L’Eprouvette n°2 (L’Association, 2006), et préalablement dans la revue avant-gardiste Dorénavant en 1986 et dans Labo n°1 (Futuropolis, 1990) – cf. fin de cet article.
« Ton public n’est ni le public des livres, ni celui des spectacles, ni celui des expositions, ni celui des concerts, tu n’as à satisfaire ni le goût littéraire, ni le théâtre, ni le pictural, ni le musical. » Robert Bresson, Notes sur le cinématographe)
Le texte d’une bulle n’est pas le son de la parole.
Une bande dessinée qui n’est que la bande dessinée d’un film à réaliser n’est qu’un story-board.
Un auteur de bande dessinée qui fait des story-boards est un bédécinéaste.
Alors qu’on a appelé musique : le son-mélodique-articulé, littérature : la narration-écrite, et cinéma : les images-en-mouvement-simultané, la bande dessinée n’a pas de nom.
La bande dessinée, c’est une image globale formée d’images locales.
Un story-board, parce qu’il n’est qu’une série d’images cinématographiques figées, n’est pas encore de la bande dessinée, mais du cinéma non articulé.





